lundi 12 octobre 2009, 17:17
Le OUI irlandais scelle-t-il l’avenir de l’Europe ?, par Jean-Marc Coppola
Un « OUI » arraché
Pour que le traité de Lisbonne entre en vigueur, les 27 pays de l’Union européenne doivent l’approuver à l’unanimité. Le 2 octobre dernier, le référendum organisé en Irlande aurait pu rendre caduc ce traité si le « non » l’avait emporté comme en juin 2008. Or tout le monde connait le résultat, le « oui » a été arraché. Arraché car il ne peut être assimilé à une acceptation de l’Europe libérale par le peuple irlandais qui souffre gravement des effets dévastateurs du libéralisme avec un chômage et une précarité élevés. La délocalisation de la multinationale Dell de l'Irlande vers la Pologne, laissant sur le carreau 1900 salariés, avec la bénédiction de Bruxelles en est une illustration.
Promesse d’aides financières, menace d’isolement du pays, utilisation de l’argent public pour une campagne d’influence dans laquelle des patrons se sont mouillés, jusqu’au Président de la Commission européenne. Tout y est passé dans l’artifice de pressions indignes, de mensonges et même de chantage.
Ce traité ne répond ni aux attentes des peuples ni à la crise
Avec ce résultat les dirigeants européens partisans du « oui », ne sortent pas grandis. Ils se disent soulagés, mais pas plus ce référendum que l’approbation récente par la Pologne, ne règlent la situation des peuples européens. Ce traité empêche même de répondre correctement à la crise économique et financière.
En effet la concurrence libre et non faussée, la liberté de circulation des capitaux et la recherche de rentabilité financière dans toutes les activités de la société continueront d’enfoncer l’Europe dans une crise aux effets catastrophiques pour les peuples européens et pour la planète entière.
Ainsi, entrée en vigueur du traité de Lisbonne ou pas, l’avenir de l’Europe n’est pas définitivement et unilatéralement écrit. Le référendum irlandais ne ferme pas la perspective d'un combat pour un progrès de civilisation. L’heure est plus que jamais à la résistance et à l’ouverture d'un changement profond de modèle européen, d'un changement de sens, de finalité de la construction européenne.
Les peuples européens peuvent agir sur la Stratégie de Lisbonne en 2010
De fortes angoisses montent sur fond d’inégalités et d’injustices sociales et fiscales.
Les actions citoyennes pour retrouver, maintenir et rénover des services publics de grande qualité, dans les domaines de la poste et des télécommunications, du ferroviaire, de l’énergie…à l’opposé de l’économie de marché où « la concurrence est libre » et de la guerre économique sont des points d’appui essentiels.
Elles posent en fond la nécessité d'un nouveau traité élaboré démocratiquement qui dessine une Europe de justice sociale, de progrès social, solidaire, féministe, écologique et pacifique, une Europe-levier pour changer le monde.
La Stratégie de Lisbonne arrive à son terme en 2010. Assise sur la « compétitivité », la guerre économique et l’augmentation de la productivité apparente du travail, cette stratégie est une véritable machine de guerre contre l’emploi industriel européen. Elle inspire toutes les réformes antisociales dans les pays membres de l’UE et les Chefs d’Etat ne vont pas manquer de la prolonger et de l’accentuer.
C’est l’occasion d’imposer une évaluation publique de cette Stratégie, en associant les acteurs sociaux. C’est l’occasion que s’expriment les exigences nécessaires en prenant appui sur le travail que le Front de gauche engage avec les Ateliers.
Jean-Marc Coppola,
président du groupe communiste et partenaires à la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur
conseiller municipal de Marseille
membre de la coordination nationale du PCF, en charge des enjeux européens


Commentaires