mardi 11 août 2009, 15:59
Ecologie et progrès ne s’opposent pas, par Jean-Marc Coppola
Intervention de Jean-Marc Coppola, président du groupe communiste et partenaires, sur l'Agenda 21, lors de l'assemblée plénière du 10 juillet 2009.
Monsieur le Président, Chers collègues,
Je dois vous dire la satisfaction de notre groupe de participer à la gestion d’une Région offensive face à la crise, en résistance à la politique du gouvernement, en cohérence avec les attentes de nos concitoyens.
Les délibérations de cette plénière en témoignent encore.
Et ce n’est pas nouveau, puisque si je prends les questions de développement durable et responsable, elles sont au cœur de nos préoccupations, non pas parce qu’elles seraient influencées par un effet de mode comme le diront probablement certains mauvais esprits, mais bien parce qu’elles sont un des enjeux sinon l’enjeu principal du devenir de l’humanité et de nos territoires.
D’ailleurs la majorité de gauche de cette Assemblée a bien été élue en 1998 et confortée en 2004, parce qu’elle a pris en compte ce sujet qui sensibilise toujours plus nos concitoyens.
Ainsi nous sommes cohérents depuis 11 années entre nos engagements et nos actes.
Oui, le développement durable est un des chantiers que nous avons ouvert en 1998 et sur lequel nous avançons progressivement à travers la création de Parcs naturels régionaux – dans une région qui compte 75% d’espaces naturels -, l’Agenda 21, notre investissement dans les TER en triplant l’offre ferroviaire en une décennie, notre engagement pour une économie sociale et solidaire avec les PRIDES…
La différence aujourd’hui est que le développement durable ne peut plus être une donnée annexe ou un chapitre dans un programme politique mais bien le cœur d’un projet global de société, transversal à toutes les décisions d’intérêt général.
Je ne suis pas en train de dire qu’ici en Provence Alpes Côte d’Azur nous inventerions une micro-société utopique et idéale, nous n’en avons ni le pouvoir, ni les moyens.
Mais nous avons cette volonté politique qui permet de combler le fossé entre le réalisme, qui aujourd’hui impose la dictature de l’argent, et le souhaitable imaginé qui apparaît franchissable.
Aujourd’hui, avec l’Agenda 21 et les délibérations suivantes, nous voulons continuer de mettre en place des dispositifs dont nous garantissons l’accès à toutes et à tous les Provençaux, Alpins et Azuréens, quelles que soient leurs conditions sociales.
SOCIAL, le mot est lâché, car pour nous, il n’y a pas d’un côté le champ du social et de l’autre celui de l’environnemental.
Les deux correspondent à une double urgence à laquelle nous devons conjointement répondre à travers un nouveau type de développement humain et écologique.
Ainsi une société de vivre ensemble ne se bâtit pas comme on peint une toile : un peu de vert par ci, un peu de vert par là. Elle se bâtit et se transmet aux générations futures d’abord par le social.
Elle se bâtit par une plus juste répartition des richesses pour répondre aux besoins sociaux et vitaux.
C’est une conception qui malheureusement n’est pas encore complètement actée dans l’action politique, souvent guidée par une vision à courte vue, où la notion même de « durable » est contredite par le capitalisme contemporain.
Le modèle économique et financier, que les pays du G8 réunis actuellement en Italie veulent perpétuer, est dépassé.
Il a organisé la prédation des ressources humaines et écologiques.
Il détruit l’environnement, marchandise toutes les productions humaines, exclut de l’accès aux biens, aux savoirs et aux pouvoirs une part toujours plus importante des hommes et des femmes. Même la santé n’échappe pas à cette furie de dérégulation.
Au nom de la croissance matérielle toute puissante, il a défendu l’idée que le bonheur de l’humanité passe par la réduction du coût du travail et la surexploitation des ressources naturelles.
Autant de concepts qui conduisent la droite à engager des réformes comme le travail dominical, la retraite à 67 ans, la réduction de la protection sociale mettant en péril la santé publique et atteignant essentiellement les plus démunis, les plus précaires, les plus pauvres.
Je le répète, ce modèle est aujourd’hui en échec.
Et pourtant nous assistons à une fuite en avant, avec un discours moralisateur, et des actes en contradiction.
Ainsi plutôt que de revoir en profondeur les modes de vie et de production, on appelle les technologies vertes au secours de l’économie et de l’écologie.
Par exemples :
Comment peut-on affirmer d’un côté qu’il y a urgence à sauver la planète en soutenant de l’autre des projets et des propositions qui alimentent, confortent et encouragent les règles économiques mondiales guidées par la rentabilité financière?
Comment peut-on, par exemple, prétendre prendre en compte l’impératif écologique en validant le concept de droit à polluer qui peut s’acheter ou se vendre ?
Comment peut-on également lutter contre les transports polluants en votant des directives européennes qui ouvrent le fret à la concurrence et le soumet donc à la rentabilité ? Et aujourd’hui ce sont les transports ferroviaires de voyageurs qui vont être soumis à la concurrence.
Comment enfin se dire écologiste lorsqu’on est favorable à la libéralisation de l’énergie ? Pas plus, quand on approuve les traités qui régissent ce système et dans lesquels est gravée la concurrence libre et non faussée ?
Tous ces arguments-là n’ont pas été entendu pendant la campagne des européennes puisque les partis qui se partagent le pouvoir au niveau européen avaient choisi de ne pas engager la confrontation démocratique des idées et des positionnements respectifs.
Inutile d’aller jusqu’à Strasbourg ou Bruxelles pour mettre en lumière les incohérences et contradictions de ceux qui défendent une écologie à géométrie variable.
Regardez lors du vote en deuxième lecture du projet de loi Grenelle I par les sénateurs, le 3 juillet dernier, combien de manœuvres ont été déployées pour édulcorer un texte déjà largement en dessous des besoins.
« Il ne faut pas entraver le développement économique », a été l’argument principal de ces parlementaires timorés.
Et ce n’est pas une étiquette « développement durable » posée sur un texte de loi qui parviendra à masquer la volonté de laisser le marché opérer une conversion factice à l’écologie pour accroître les profits des actionnaires.
C’est en fait un capitalisme recyclé que nous propose le gouvernement, alors que l’Etat devrait montrer l’exemple et aider les collectivités territoriales, il diminue leurs dotations.
Ce n’est heureusement pas cette méthode, ces politiques, qu’a choisi notre majorité régionale.
De ce point de vue, la visée écologique ne peut pas non plus donner prétexte à l’augmentation de la fiscalité qui toucherait évidemment les plus démunis, les salariés et les retraités.
C’est pourtant le sens de l’abandon de la taxe professionnelle au profit d’une taxe carbone, à notre avis, inefficace.
Je le répète il faut une nouvelle répartition des richesses et des ressources mondiales et une vraie réforme de la fiscalité pour une plus grande justice fiscale.
Je terminerai mon propos en insistant sur le fait qu’aux enjeux social et écologique est intimement lié l’enjeu démocratique.
Les lieux de décisions que le gouvernement souhaite éloigner un peu plus des citoyens doivent au contraire accroître leur proximité avec les habitants.
Manifestement ce n’est pas le sens de la réforme des institutions que s’apprête à engager le Président de la République avec la volonté de réduire de 40 à 50 % le nombre d’élus départementaux et régionaux.
Certains y verront des économies ou une simplification du millefeuille.
En fait il s’agit d’une atteinte à la démocratie citoyenne, pour renforcer les pouvoirs au sommet de l’Etat, les pouvoirs d’un seul homme.
En conclusion et pour revenir à l’Agenda 21
''Ecologie et progrès ne s’opposent pas.
Croissance et environnement non plus.
Ce qui s’oppose ce sont le développement durable et le libre-échange intégral.
Ce qui s’oppose ce sont le productivisme et l’émancipation humaine, l’ultralibéralisme et la préservation du vivant.
Nous le voyons bien, il nous faut inventer un nouveau mode de développement et de production, fondé sur le partage des richesses, la satisfaction des besoins humains et le respect des équilibres naturels.''
Nous avons beaucoup agi, mais nous sommes encore face à de grands défis, dans cette Région, polluée par trop de gaz carboniques, saturée par une concentration de la population sur un faible territoire le long du littoral, que le projet de ligne à grande vitesse décidé par le gouvernement ne règlera pas. Aujourd’hui nos choix sont guidés par l’humain au cœur de nos politiques, mais il serait urgent et utile que le même choix s’opère aux niveaux national, européen et mondial.


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