Monsieur le Président, Chers collègues,

Exprimer une opinion à cette tribune, y défendre un point de vue politique, comme je vais le faire, sont peut-être des pratiques qui, d’ici quelques années, feront partie des souvenirs poussiéreux d’une démocratie « dégraissée ».

Un droit qui sera, si ce n’est retiré, du moins vidé de tout intérêt et de toute portée.

A partir de 2014, le conseiller régional deviendra donc conseiller territorial. Il siègera à la fois à l’assemblée départementale et à l’assemblée régionale.

C’est, au passage, une drôle de façon de moderniser la vie politique que de rendre obligatoire le cumul de mandats.

Ce conseiller territorial sera une sorte d’agent technique d’un pouvoir hypercentralisé, élu sur sa bonne gueule et des promesses qu’il ne pourra pas tenir s’il est dans l’opposition au gouvernement.

L’élu de proximité ne fera plus le lien entre les habitants d’une collectivité et les lieux de décision.

Il sera aux ordres d’un préfet, lui-même à la botte d’un ministre de l’intérieur et d’un président de la République.

Mais je ne prends pas la parole ici, pour défendre notre fonction d’élu, même si cette réforme est une attaque sans précédent contre la démocratie représentative et le pluralisme.

Le plus grave est ailleurs, et le duo Balladur-Sarkozy n’y est pas allé de main morte. Si elle voit le jour en l’état actuel, la réforme territoriale marquera la fin d’un modèle social, d’une conception de la République et d’avancées qui remontent à la Révolution française.

D’ailleurs, la mise en place de ce nouveau fonctionnement territorial voulu par Nicolas Sarkozy s’apparente à une véritable Restauration d’un pouvoir étatique, pas seulement au service d’une caste de dirigeants mais aussi au service de principes incompatibles avec notre tradition républicaine.

Il institutionnalise la concurrence entre salariés dont certains découvrent aujourd’hui les conséquences : stress, dépression, accidents de travail, jusqu’aux suicides.

Il institutionnalise la compétition entre territoires, le tout profit au détriment des services publics, la négation de l’expression du suffrage universel, la confrontation d’idées.

Comme à chaque chapitre de notre pacte social qu’il gomme, le président de la République agit de la même sorte : un discours populiste et simpliste et de faux prétextes.

Cette fois-ci, le père du prince Jean s’attaque aux fondations de la décentralisation et de la démocratie de proximité en usant de deux mensonges : un prétendu mille-feuilles incompréhensible pour la population et le coût exorbitant des élus locaux qui repose sur les contribuables.

Mais il n’y a qu’à se pencher sur le projet de loi pour constater qu’en réalité, le président de la République n’entend supprimer aucun échelon territorial, il en rajoute même avec les métropoles, et n’envisage pas de rendre l’impôt plus juste.

Ce qui gène réellement, lui et ses amis les puissants, ce sont ces parcelles de pouvoir qui échappent encore à la loi de la finance. Le pouvoir des élus locaux qui sont trop près de la population, de ses besoins et de ses préoccupations.

Ce vivier associatif et bénévole qui développe et renforce le lien social dans la cité et qui fonctionne grâce à la solidarité des collectivités et des citoyens.

Voilà pourquoi, pour le gouvernement, il fallait faire exploser la clause de compétence générale et en finir avec la marge de manœuvre des régions.

Cela signifie concrètement qu’il en est terminé du soutien à la culture, à la vie associative, au sport, au développement économique durable.

Des secteurs, qui plus est, déjà lâchés par l’Etat !

Dans la société, ou plutôt devrais-je dire le royaume qu’il dessine, le despote de l’Elysée ne laissera plus aucune place à des activités indispensables à l’émancipation et à l’épanouissement humains.

L’artillerie est complétée par la suppression, dès le 1er janvier 2010, de la Taxe professionnelle, qui prive ainsi notre collectivité de recettes importantes de financement.

Les entreprises ne pourront plus bénéficier d’aides et de services de notre part. Et cette asphyxie financière des collectivités entraînera le dépérissement des services publics régionaux et locaux.

Tout cela, mesdames et messieurs les élus de droite, je me demande comment vous allez pouvoir le défendre…vous qui votez souvent avec la majorité les subventions, vous qui soutenez aussi un certain nombre d’associations de terrain ?

Comment allez-vous assumer cette réforme qui nie votre travail quotidien ? A moins de tenir, comme à votre habitude, un double discours auprès des électeurs et dans les institutions où vous siégez.

Comment allez-vous, vous présenter devant les électeurs si ce n’est en leur cachant la réalité de vos projets et de ceux du président de la République, si vous le soutenez aveuglément ?

Toutes ces questions, je les pose bien entendu en priorité au candidat Mariani dont je me réjouis qu’il ait retrouvé le chemin du conseil régional. Je ne sais pas si c’est le nouveau « meilleur d’entre vous », mais je plains son collègue Deflesselles qui va devoir, sans rancœur ni croc en jambes, le débriefer sur ces six années de mandat régional, qu’il n’a pas beaucoup honoré.

C’est sûr, on n’a pas à se creuser la tête pour inventer les tests ADN pour immigrés ou les statistiques ethniques, autrement dit courir après l’extrême droite.

De plus, c’était vraiment du temps perdu puisque les tests ADN comme les statistiques ethniques ont fini dans les poubelles de l’histoire.

Monsieur Mariani, je ne sais pas si vous serez un jour le président de cette région - ce que les communistes empêcheront par tous leurs moyens – mais vous commencez mal votre campagne.

Oh, je ne doute pas qu’un haut personnage régional vous donnera un coup de main.

Je parle, bien sûr, de celui dont le fauteuil est désespérément vide ici : le Préfet de Région.

Tout le monde aura pu le remarquer, lui, est bel et bien en campagne.

Ce n’est pas très surprenant puisqu’il sera le premier bénéficiaire de ce coup d’Etat, de cette réforme autoritaire, conçue sans concertation des premiers concernés.

C’est un homme directement désigné par l’Elysée, qui dictera l’avenir de 5 millions d’habitants qui ne l’ont pas élu.

Je tiens ici à exprimer toute ma solidarité et celle du groupe communiste avec le président Vauzelle dans la plainte pour diffamation qu’il va déposer dans les semaines à venir, parce que les propos injurieux du préfet le sont aussi pour l’institution, le territoire qu’elle recouvre et la population qui nous a élus.

J’aurais aimé que Monsieur le préfet vienne dans cet hémicycle, comme il l’a fait au Conseil général des Bouches du Rhône, réciter sa leçon sur le bien fondé de la Révision générale des politiques publiques et de la réforme des collectivités qui est son corolaire.

Comme si la communication gouvernementale ne suffisait pas, le représentant de l’Etat estime nécessaire d’en remettre une couche, de passer la brosse à reluire.

Et au passage, de manquer de respect à l’exécutif régional, à la fonction d’élu du peuple, laissant entendre une gestion inconséquente de la région.

La Région n’a pas de leçon à recevoir de l’Etat en la matière.

Et nous avons sans doute été plus utiles aux salariés que ses services, je pense particulièrement à ceux, ici à Marseille, de la réparation navale et de Legré-Mante qui le sollicitent, en vain, pour qu’il facilite le redémarrage de leur activité.

Le gouvernement peut toujours organiser les Assises de l’Industrie comme hier à Gardanne, la réalité des entreprises est cinglante en terme de précarité, délocalisations, fermetures.

Mais les résultats de l’action du préfet et de la politique du gouvernement, nous les avons encore subis ces jours-ci, dans les rues de Marseille avec la gestion calamiteuse de l’annulation du match OM-PSG et à Fréjus où un jeune est mort dans le cadre d’un contrôle de police.

Il y a plusieurs mois, Monsieur le Préfet osait un humour douteux en proposant un accompagnement psychologique aux élus qui vivraient mal les conséquences de la réforme des collectivités.

Cette série de provocations sont indignes pour un représentant de l’Etat qui montre un peu trop qu’il a choisi son camp. Celui de l’UMP.

Alors, j’entends déjà l’interpellation classique de l’opposition régionale et du gouvernement : vous critiquez toujours mais ne proposez rien.

Nous ne sommes évidemment pas pour le statu quo. Nous ne sommes ni arc-boutés sur le passé, ni sur le présent.

Il faut une réforme globale des institutions mais une réforme qui redonne du souffle à la démocratie, qui vise à clarifier le rôle des uns et des autres et qui donne surtout les moyens d’assumer nos missions.

Cela passe par un Grenelle de la fiscalité et un grand débat citoyen sur le devenir de la France, de son organisation territoriale et les réponses à apporter aux attentes du peuple.

Nous ne manquons pas de propositions et je n’en ferai pas la liste ici, j’énoncerai simplement quatre grands principes : - coopération entre les territoires contre la concurrence ; - démocratie de proximité contre la recentralisation du pouvoir ; - aménagement partagé du territoire contre l’accélération de la concentration urbaine ; - respect de la diversité des cultures populaires et des territoires contre l’uniformisation.

Mais c’est étrange comme le gouvernement ne les entend pas ou plutôt ne veut pas les entendre.

Et ce ne sont pas les personnalités dites d’ouverture qui vont faire des propositions alternatives. Si ouvertes elles sont, c’est bien sur l’ultralibéralisme !

Notre République finira-t-elle sur le marché boursier ? Si c’est le cas, vendez tout ! Car les valeurs Liberté, Egalité et Fraternité n’ont pas la cote avec le PDG de la France.

Pour notre part, nous défendrons toujours une société du vivre-ensemble dont la richesse vient de la diversité qui s’est construite au fil des générations et du respect des différences.

Monsieur Mariani, lui, vante les bienfaits de cette réforme qui exclut les différences et la diversité, qui ghettoïse et donc qui stigmatise, à l’instar des Le Pen et Bompard.

A l’image de ce qui s’est passé pour le Traité constitutionnel européen, les communistes et, je l’espère, toute la gauche, vont engager une campagne d’information citoyenne pour contrecarrer les projets gouvernementaux de mise en pièce de la démocratie et des services publics pour les mettre au pli de la rentabilité financière.

Et, j’en suis sûr, le résultat aura un goût de victoire, comme un certain 29 mai 2005, pour ouvrir de nouveau, l’espoir d’un véritable changement pour l’intérêt général

Je vous remercie.