Monsieur le Président, Chers collègues,

Comme chaque année les orientations budgétaires déterminent la politique de notre Région. Celles proposées pour 2010 se situent dans un contexte bien particulier. Je ne parle pas des futures élections régionales, mais de la crise globale dont nous ne sommes pas sortis. Bien sûr, le président de la République prend les affaires en main, comme pour la grippe A (H1 N1). Pendant une année et demie, le malade s’était laissé dépérir, le voilà qui reprend des forces. Il semble tiré d’affaire. Les Etats-Unis enregistrent enfin une croissance positive, le PIB augmente aussi dans la zone euro, l’activité repart de plus belle en Asie, où la Chine renoue avec une croissance insolente, et la France serait la championne européenne des politiques anticrise.

Nicolas Sarkozy est venu à la Seyne-sur-Mer, pour rouler des mécaniques, devant des salariés qu’il utilise comme des figurants de meeting UMP au milieu des patrons invités par l’Elysée, comme l’a révélé la presse. Le président de la République a eu le culot de vanter son bilan et surtout lui-même, sans montrer que les faibles performances sont celles d’économies sous injection plantureuse d’argent public dans des banques qui elles, ont retrouvé leurs couleurs. Pourtant les mesures prises ne tracent pas le chemin d’une reprise durable, pire les multiples facteurs qui ont donné naissance à la crise sont toujours là. Ce n’est pas mon analyse, mais celle d’éminents économistes.

« La crise serait derrière nous » est un mensonge honteux ! Non, mes chers collègues, il n’existe ni bonne ni mauvaise gestion du libéralisme. On s’en accommode ou on le dépasse. D’ailleurs au plan social, les conditions d’existence ont bien empiré pour une majorité de nos concitoyens. Mêmes les statistiques tronquées ne parviennent plus à masquer l’augmentation continue du chômage. Et il n’y a ni erreur de diagnostic, ni erreur de gestion de la part du chef de l’Etat.

En campagne permanente, il se sert de la gestion de la crise du capitalisme pour activer les valeurs les plus conservatrices de la droite nationale : • la fascination pour la réussite individuelle, • la valorisation inégalitaire du mérite au sein d’une concurrence définie comme naturelle, • la passion de l’argent et de la propriété, • les attaques contre la laïcité

Et depuis deux ans et demi, il s’y emploie. Suppression de l’imposition des heures supplémentaires, « bouclier fiscal » autour des revenus du capital, réduction des droits de succession, élimination de la taxe professionnelle, fiscalisation des indemnités journalières versées aux victimes d’un accident de travail…etc C’est cela l’identité nationale pour le président de la République. Et il enfonce le clou !

Le poids de l’endettement sert une fois de plus de prétexte au démantèlement de la protection sociale et des services publics, comme en témoigne le budget 2010 de la France. Même les policiers manifestent pour dénoncer la politique des chiffres et la diminution des effectifs, ce qui est un comble sous la présidence de l’ex Premier flic de France ! Et s’il y a une des nombreuses choses qui nous différencient, droite et gauche, c’est que pour nous la dépense publique n’est pas du gaspillage, elle est saine et vertueuse, parce qu’elle participe au bien-être de tous. Tout le monde n’a pas les moyens de se payer une assurance santé privée ou d’offrir à leurs enfants des cours particuliers pour assurer leur avenir. Et l’expérience montre qu’une économie entièrement basée sur la finance ne peut pas répondre à l’intérêt général.

Chacun son truc : la droite bichonne les actionnaires et dédaigne les fonctionnaires et donc les causes et les publics qu’ils servent. Ainsi le gouvernement entend faire des coupes drastiques dans les grands opérateurs de l’Etat tels que le CNRS, l’INRA, l’INSERM, le Pôle emploi, l’Office national des forêts... Le message est clair : la santé, la recherche, l’environnement, l’emploi ne sont pas les priorités de ce gouvernement. Le privé pourra faire son beurre dans ces domaines qui vont être transformés en mine d’or.

Mais s’attaquer à ces activités, comme à la culture, l’éducation, le sport, c’est s’attaquer à l’épanouissement humain, c’est s’attaquer aux Droits de l’homme et du citoyen. Et l’on viendrait nous donner la leçon quant aux politiques régionales mises en œuvre depuis 12 ans ? Et bien nous en sommes fiers, nous les élus communistes, parce que nous avons été utiles. Mais aujourd’hui la crise impose de changer de braquet, et les politiques régionales doivent être plus audacieuses.

L’action progressiste menée dans cette Région doit s’amplifier. Nous devons être à la hauteur des dégâts causés par le gouvernement, par la droite et le Medef qui profitent odieusement de la crise qu’ils alimentent. Je dis « profitent », car c’est une bataille idéologique comme l’analysait en son temps la philosophe Simone Weil. Entendez ces enseignements qui sont plus que jamais d’actualité, je cite :

« J’ai tiré en somme deux leçons de mon expérience. La première, la plus amère et la plus imprévue, c’est que l’oppression, à partir d’un certain degré d’intensité, engendre, non une tendance à la révolte, mais une tendance presque irrésistible à la plus complète soumission. Je l’ai constaté sur moi-même, moi, qui pourtant, vous l’avez deviné, n’ai pas un caractère docile ; c’est d’autant plus concluant. La seconde, c’est que l’humanité se divise en deux catégories, les gens qui comptent pour quelque chose et les gens qui comptent pour rien. Quand on est dans la seconde, on en arrive à trouver naturel de compter pour rien – ce qui ne veut certes pas dire que l’on ne souffre pas ». Fin de citation

C’est donc bien cette oppression que la droite cherche à entretenir. Et c’est à cette oppression que notre action politique doit résister. C’est le sens du rapport pour le débat d’orientation budgétaire va certes dans le bon sens. Bien entendu, nous l’aurions souhaité plus en rupture avec le modèle économique libéral. Nous en sommes toutefois solidaires et en partageons l’essentiel.

Nous sommes surtout conscients que nos orientations sont sans cesse contrariées par la politique du gouvernement. La réforme des collectivités qui prône un retour à un régime centralisé vise surtout à nous retirer les moyens de résister et d’ouvrir une alternative. Nous avons déjà eu l’occasion, dans cet hémicycle, de débattre longuement de ce projet gouvernemental. Mais il n’est jamais de trop, que de pointer à nouveau les dangers de cette réforme qui sont au moins au nombre de cinq : • atteinte à la démocratie locale, • menace sur les services publics, • perte d’autonomie dans les décisions et la gestion, • alourdissement des charges fiscales transférées des entreprises vers les ménages • et mise en concurrence des territoires et des populations.

L’UMP veut faire de la campagne des régionales, une bataille nationale. Cela peut se comprendre quand on a comme bilan la gestion de seulement deux régions sur 22 ! Mais, son angle d’attaque est malhonnête et peu courageux. Malhonnête, parce que la droite veut faire croire que la gauche a fait exploser la fiscalité locale. Or, quand augmentation il y a eu, c'est-à-dire avant 2006, elle s’est traduite par quelques euros supplémentaires par ménage sur la feuille d’impôts. Peu courageuse, parce que cette même droite promet de ne pas augmenter l’impôt, ce qui en dit long sur son programme d’actions.

On comprend mieux pourquoi, la droite préfère se rabattre sur le thème nauséabond de l’identité nationale. D’ailleurs, ce que je prédisais lors de la précédente plénière est en train d’arriver. Les discours abjects d’un Bompard permettent à la droite d’avaler les ignominies d’un Mariani. L’un interdit la présence de drapeaux étrangers lors des mariages dans sa mairie, l’autre s’étale dans la presse pour exiger l’expulsion manu militari de tous les étrangers en situation irrégulière. Pire, dans le même journal, Christian Estrosi se mêle du débat xénophobe sur les minarets, en disant que la tradition architecturale de la France n’est pas byzantine. Il faudra lui dire, Messieurs Mariani et Deflesselles que Byzance n’a jamais été musulmane !

Mais passons. Il y a des sujets bien plus préoccupants pour la population. A commencer par l’environnement et le réchauffement climatique. La conférence mondiale de Copenhague s’ouvre aujourd’hui. Je doute que le président français soit à la hauteur des enjeux. Surtout que dans le même temps où il donne des leçons à la terre entière, il accepte le transfert sur la route du fret ferroviaire qui se traduira par la fermeture de gares de fret comme à Miramas et surtout par deux millions et demi de camions de plus sur les routes en France, 300.000 de plus sur la seule région PACA.

Puisque j’évoque la question des transports, permettez-moi de développer un petit peu puisque Monsieur Seguin, Président de la Cour des comptes est venu donner un coup de pouce à la campagne de l’UMP. Un récent rapport de cette Cour affirme que les pouvoirs publics paient trop pour les transports, et que les recettes des billets de train ne représentent que 17 % des coûts. Mais là encore, c’est un raisonnement purement comptable, de courte vue. Doit-on pour autant se résigner à accepter la privatisation et vanter la concurrence, comme je l’ai entendu de la part d’élus régionaux ? N’aurions-nous pas d’autre choix que celui d’augmenter le prix du billet ?

S’il y a bien une politique qui a contribué justement à lutter contre l’émission de gaz à effet de serre, c’est bien celle que nous avons menée pour les TER, même si cette politique est plombée par le gouvernement qui ne donne pas à la SNCF les moyens d’assurer un service de qualité. Mais la Cour des comptes avec son argumentation nous aide à être offensif et conquérant. Et quand j’ai proposé la gratuité des TER pour tous et sur l’ensemble du réseau régional parce que la gratuité a un rôle civilisateur, je ne pensais pas que la Cour des comptes allait nous aider en montrant qu’il suffit de 17 % de moyens supplémentaires pour y arriver, même si le financement que nous proposons ne reposerait pas sur la fiscalité actuelle.

La société a montré qu’elle savait étendre le champ de la gratuité à des domaines qui n’y étaient pas destinés au départ, par exemple l’école publique ou la Sécurité sociale. Quand on a décidé de mettre en avant la gratuité, la droite et l’extrême droite s’en sont prises très vigoureusement à cette idée, au motif que ça risquait de détruire la famille française en "déresponsabilisant" les enfants et les parents, que l’on vit dans une époque de marchandisation. J’espère que le débat qui s’annonce permettra une confrontation de projets et permettra de tordre le coup à quelques idées reçues.

Pour conclure mon propos, et puisque le thème le plus préoccupant pour l’avenir de l’organisation de notre pays est la Réforme territoriale, je terminerai par cette citation. J’ouvre les guillemets : « Rapidement, de nouvelles dispositions mettent en cause les assemblées départementales et communales élues et les services départementaux et communaux sont épurés. Le régime renforce la centralisation. Les prérogatives préfectorales sont, de manière générale, fortement accrues. » Fin de citation.

Nous ne sommes pas en 2009, et ce n’est pas une analyse communiste de l’action de Nicolas Sarkozy. Nous sommes en 1940, sous le régime de Vichy avec Pétain, et ce sont les écrits d’un éminent historien de la région : Robert Mencherini dans son dernier ouvrage, « Vichy en Provence ». Et comme c’est la période, après le santon de Pétain, peut-être aurons-nous celui de Sarkozy ? A bonne entendeur, je vous salue !