Séance plénière du Conseil régional Provence Alpes Côte d’Azur
5 février 2009
Intervention de Jean-Marc Coppola, président du groupe communiste et partenaires.
Budget primitif 2009
Monsieur le Président,
Cher-e-s collègues,
Pour donner l'appréciation des élus communistes et partenaires sur le budget primitif 2009, je voudrais resituer le contexte dans lequel nous exerçons nos responsabilités dans cette collectivité territoriale majeure, reconnue et appréciée pour son action par des nombreux acteurs économiques et sociaux.
Ainsi c’est partagé entre un sentiment d’espoir et d’indignation que je m’adresse à vous.
L’espoir, c’est celui porté par deux millions et demi de salariés, de citoyens, jeudi 29 janvier, dans les rues de notre pays. Dans toute la région, malgré un comptage des manifestants qui vire au ridicule, plusieurs centaines de milliers de personnes ont défilé pour exprimer leur ras-le -bol et réaffirmer au gouvernement et au président de la République, qu’elles n’étaient pas dupes du sens des prétendues réformes. Elles n’ont pas besoin de pédagogie, ni de bla-bla, elles ont besoin d’actes.
C’est l’exemple type de choix politiques - et je devrais dire idéologiques - ne sont pas guidés ni même imposés par la crise. C’est bien le dogme de l’ultralibéralisme qui sert d’abécédaire, pour ne pas dire de Bible, à Nicolas Sarkozy et son équipe.
Et notre peuple l’a bien compris. Il sait que la seule intention de la droite au pouvoir est d’arriver à bout des principes de justice sociale, durement acquis au fil des décennies, qui servent de socle à notre République.
Il revient à nous élus, et vous vous en doutez, particulièrement aux élus de gauche, de porter non seulement la colère de nos concitoyens mais aussi leurs exigences d’alternative à ce monde qui ne tourne décidément plus rond.
Oui plus que jamais, la mobilisation sociale doit trouver son relais politique.
Indigné, je le suis encore plus, après les déclarations du Premier ministre en matière de relance de l’emploi et de l’activité économique, qualifiées de « phase concrète » du plan face à la crise. François Fillon annonce pas moins de 1 000 chantiers dans tout le pays mais prévient aussitôt que cela ne suffira pas à éviter la récession et donc l'augmentation du chômage.
On peut donc, et encore plus à juste titre, se demander à quoi sert l’hôte de Matignon.
A quoi sert-il, si ce n’est à rabâcher la ritournelle présidentielle qui demande aux Français de se serrer les coudes.
Après la ceinture, les coudes, donc.
Or, en terme de solidarité, les Français n’ont pas vraiment de leçon à recevoir.
Ils l’ont, une fois encore démontré, le 29 janvier, qu’ils soient du secteur public ou privé, jeunes ou retraités, enseignants-chercheurs ou cheminots, travailleurs sociaux ou intermittents du spectacle.
Pour eux tous, les 26 milliards et demi d’euros votés par le Parlement pour soi-disant « dynamiser l'activité », ne seront que de la poudre aux yeux.
Quand on apprend que plus d'un tiers de cette somme (soit 11,4 milliards) servira à améliorer la trésorerie des entreprises étranglées par la crise, il y a de quoi s’inquiéter.
Aider les entreprises en difficulté peut être une intention louable. Et nous savons de quoi nous parlons, ici, puisque c’est la majorité de gauche qui a créé les PRIDES, ces pôles régionaux qui donnent à voir une autre conception possible de l'économie. Un développement économie qui s'appuie sur l'innovation et le social pour créer de l'activité et de l'emploi.
Cette initiative pourrait d’ailleurs inspirer davantage nos dirigeants nationaux. Car à quoi bon multiplier les milliards comme des pains si on n’ose pas s’attaquer à la sacrosainte gestion capitaliste de l’économie et de l’entreprise. Les mêmes pratiques reproduiront les mêmes effets, autrement dit les mêmes désastres.
Il n’y a qu’à prendre l’annonce aujourd’hui de la mise en vente de l’entreprise ATMEL, à Rousset pour comprendre que ce n’est pas à cause de la LGV, mais bien des critères de gestion basés sur la rentabilité financière.
Dans le plan de relance, prenons comme autre exemple, l’enveloppe destinée aux transports, un sujet qui nous tient particulièrement à cœur dans cet hémicycle du fait de nos compétences et du fait de notre volonté politique de favoriser les transports collectifs et publics.
870 millions d'euros iront à 149 chantiers d'infrastructures de transports dont seulement 300 millions pour le rail dans tout le pays. Comparé à l’investissement de notre assemblée dans ce domaine, le geste du gouvernement fait sourire ou pleurer, c’est selon.
Avec 200 millions d’euros par an consacrés exclusivement à la circulation de 700 TER par jour et 500 autres millions prévus pour la LGV-PACA, notre Région peut, elle, véritablement s’enorgueillir de favoriser le service public ferroviaire et de se préoccuper d’un développement durable respectueux de l’environnement.
Car, une fois de plus, ce sont les transports routiers qui se trouvent favorisés par le plan gouvernemental, avec une enveloppe un tiers supérieure au rail. Voilà encore une contradiction avec le Grenelle de l’environnement.
Parlons également des 2,5 milliards qui reviendront aux collectivités.
Un excès de générosité ? Absolument pas !
Le gouvernement ne fait que rendre l’argent qu’il nous doit ou plutôt celui qu’il ne nous a jamais donné malgré les transferts de compétences de l’Etat vers la Région depuis la loi de décentralisation Raffarin de 2004.
D’ailleurs, en y regardant de près, de nombreux financements prétendument débloqués concernent en réalité des projets déjà programmés au contrat de projet Etat-Région.
Plus que du saupoudrage et des effets d’annonce, notre pays a besoin d’une relance basée avant tout sur la revalorisation des salaires et un meilleur partage des richesses.
Je ne développerai pas davantage sur ce plan de relance que je qualifierais personnellement d’opération poudre aux yeux.
J’en viens à présent à notre budget régional. Il est toujours difficile d’agir librement quand l’Etat, dirigé par la droite depuis maintenant un quasi-septennat, prive progressivement et méthodiquement les collectivités locales de leur autonomie financière et budgétaire.
Ce sont pourtant ces collectivités qui réalisent les trois quarts de l’investissement public.
Et puisque les banques reçoivent de la part de ce même Etat, des milliards par dizaines, nous exigeons d’elles qu’elles assument leurs responsabilités en matière de prêts aux collectivités en facilitant l’accès au crédit. Comme nous attendons de l’Etat qu’il respecte ses engagements et cesse de se défausser de ses responsabilités.
Comme notre groupe l’avait déjà souligné lors du rapport d’orientation budgétaire en décembre dernier, le manque à gagner pour notre Région sera de 5,5 millions d’euros. L’écart entre les dépenses de la Région liées à l’acte II de la décentralisation et les compensations versées par l’Etat s’élève lui à près de 43 millions d’euros. Et que dire du ticket modérateur sur la taxe professionnelle qui nous prive de plus de 62 millions ?
Pourtant, il faut bien continuer notre mission. Celle que nous ont confié, à deux reprises, les électeurs, depuis 1998. Des électeurs qui, comme nous, partagent l’idée que la dépense publique n’est pas du gaspillage mais participe, au contraire, au développement économique.
L'idée que la dépense publique est saine et vertueuse car elle répond surtout aux besoins de la population en terme d’équipements, d’infrastructures et de dispositifs humains et financiers pour une solidarité plus efficace.
Le groupe communiste et partenaires, fort de ses 21 élus, fera donc tout pour maintenir le cap fixé en 2004. Cap que nous souhaitons encore améliorer.
D’abord, parce qu’il en va de notre responsabilité vis-à-vis des engagements pris devant nos concitoyens.
Ensuite, parce qu’en dépit des contraintes gouvernementales, en dépit d’une logique financière qui montre au monde entier ses limites, notre Région utilise les marges de manœuvre qui lui reste pour que les citoyens - qui subissent déjà une baisse de leur pouvoir d’achat et tant d’autres effets de la crise - ne soient pas aussi sanctionnés par une hausse des taxes régionales.
Mais la question qui se pose aujourd’hui est : jusqu’à quand ? Car il devient urgent de repenser la fiscalité locale mais aussi dans son ensemble.
C'est étonnant d'ailleurs que Monsieur Sarkozy, dans l'action permanente et immédiate, très prompt à prendre des initiatives, à engager des réformes, et à répéter à l'envi qu'en politique, il faut dire ce que l'on fait et faire ce que l'on dit, ait oublié le grenelle sur la fiscalité sur lequel il s'était engagé lorsqu'il était candidat à la présidence de la République.
Peut-être est ce le type de réforme qu'il ne faudrait pas engager ?
Peut-être craint-il et encore plus aujourd'hui que la pression citoyenne lui impose plus de justice fiscale et moins de cadeaux pour ses riches amis.
Il est temps d’engager une réforme en profondeur, basée sur une autre répartition des richesses, qui permettrait de nouveaux financements pour notre collectivité.
Notre proposition est de modifier l’assiette fiscale pour alimenter les recettes des collectivités locales.
Mais là encore, le gouvernement ne veut pas en entendre parler.
A-t-il peur de ses régions ?
Redoute-t-il qu’elles assument pleinement le rôle de levier, d’acteur du dynamisme économique et social ?
C’est peut-être cette crainte qui a prévalu à la décision de réformer nos institutions pour briser l’autonomie de nos collectivités et leur pratique de la démocratie de proximité.
Une mission qu'il a confiée à son ami Edouard Balladur, sur laquelle depuis quelques jours, la rumeur court de l'éventuel abandon du projet ou du moins de son report.
Si le président de la République a renoncé, y compris parce qu’il a provoqué une levée de boucliers dans son propre camp, à casser dans la précipitation et sous des prétextes fallacieux le principe d’organisation de notre territoire, nous ne pouvons que nous en féliciter.
Néanmoins, nous ne défendons pas le statu quo.
Si nous considérons que la Région a une vraie pertinence et une véritable utilité, il nous paraît essentiel de poser la question suivante : comment mieux répondre aux attentes de nos concitoyens ?
Nous avons pour cela besoin d'une nouvelle avancée démocratique, permettant de créer de nouveaux rapports avec les habitants des territoires pour favoriser leur participation active à la vie de la cité.
Nous avons depuis 11 ans initié ici de nombreuses expériences de démocratie d’intervention, à l’occasion de l’élaboration des Contrats de Plan, pour les Schémas, avec le Conseil régional des Jeunes, les Comités de lignes pour les TER, les Assises de la Culture…
L'enchevêtrement des compétences et la prolifération des échelons de décision n'est que l'apparence du problème car le fond est bien l'incapacité de l'Etat à accepter la démocratie locale, sa volonté persistante à vouloir organiser les collectivités locales en prestataires de service, obligées de se soumettre à un champ d’interventions.
De manière générale, c'est moins en créant ou en supprimant des structures administratives qu'en favorisant les coopérations des collectivités locales entre elles que l'on permettra à ces collectivités de répondre au mieux au problème de leurs concitoyens.
Il s’agit aussi de garantir la capacité des collectivités locales, juridique et financière, à agir réellement dans le sens fixé par leurs concitoyens.
Cela pose la question des moyens financiers des collectivités locales, de leur rapport à l'Etat et de leur liberté d’action. Je n’y reviens pas.
J’ai entendu certaines organisations patronales dire que la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur était moins atteinte que d’autres par la crise.
Comme si notre territoire était immunisé contre les ravages du capitalisme.
Quelle drôle d’affirmation ! Surtout lorsque l’on dresse la liste des emplois menacés et des salariés mis au chômage technique dont je vous ferai grâce ici.
A moins que ce soit l’aveu d’une instrumentalisation de la crise, moment opportun et attendu par certains patrons peu scrupuleux pour sortir de leur tiroir, des plans peu sociaux.
Sur la situation économique réelle de notre Région, nous pensons donc qu’une expertise fine est indispensable pour étudier les possibles retombées et conséquences de la crise sur le tissu industriel et économique de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur .
Nous proposons que le CESR utilise ses moyens et ses compétences afin d’évaluer les répercussions de cette crise sur les entreprises et sur l’emploi.
Nous souhaiterions également que notre institution régionale sollicite, auprès du Préfet, la commande à l’Insee d’une étude d’impact sur l’emploi concernant les entreprises des grand groupes, des PME et TPE jusqu’aux services publics.
Avec un budget volontairement construit pour maintenir l’investissement à 657 millions d’euros, l’outil régional préserve sa capacité d’intervention.
Nous nous en félicitons, car nous nous donnons ainsi les moyens de lancer les grands chantiers du Contrat de projet Etat - Région et des autres contrats, nous soutenons l’activité des entreprises régionales et l’emploi et pouvons susciter un effet levier considérable.
Reste à espérer que l’Etat ne gâche pas ce souffle nécessaire en ne respectant pas ses engagements.
C’est donc sans ambiguïté que les élus du groupe communiste et partenaires ont participé à l'élaboration du budget primitif 2009 et le voteront pour mieux l'assumer demain.
Je vous remercie pour votre attention.